Je dois avoir des problèmes de vue parce que les routes sont des autoroutes, les maisons sont des villas, les "King Size" sont des "Huge Size" ou quelque chose dans le genre.
Les icebergs qui longeaient la route, bien tranquillement, m'ont dilaté la boîte crânienne, si bien que mon appareil photographique biologique n'a plus assez de place pour tout photographier.
La première fois que je suis entré dans Whitehorse, j'ai cru à un rapt par les icebergs. Tout le monde s'était échappé, ou perdu, ou égaré, ou pire, disparu. Les rues "Huge Size" ne rejetaient pas l'écho de mes pas. Il n'y avait que l'ombre de MON GROS SAC. Il n'y avait que les icebergs autour, ces montagnes de blanc où coulait parfois de grands traits marrons. Dans le vide de la ville, LE SILENCE EST TROP GRAND AUSSI!!
Alors je me suis pointé à l'auberge où un chuchotement m'a pris par les sentiments, une voix de vieille femme toute laide pour me présenter une paillasse pour les jours à venir. J'ai dormi comme un boulet.
Le lendemain, les rues "Huge Size" étaient comme la veille. Ce n'était pas un rêve. Mais un gars barbu, style trappeur né des bois profond, s'était égaré au hasard d'une ballade avec ses chiens de traîneau.
- Comment tu t'appelles?
- Yann. Et toi?
Je lui ai dit comment je m'appelais à l'époque, et c'est là qu'il a déballé toute sa vie: perdu dans le Yukon pour bosser dans les chenils de traineaux, rencontre d'une Manitobienne francophone délicieuse parce qu'ELLE AVAIT UN ACCENT SUBLIIIIME, des histoires avec la police en Inde, ou bien la fois où il a vécu dans une tente de trappeur tout un hiver. Ouais... c'est un peu près tout...
Alors coup sur coup on a levé nos coudes au comptoir du "Gold Rush" façon bar-saloon country musique en live direct depuis la scène, avec chouette mannequin à la flûte et vieux grisonnant de la barde au banjo. Quant au mec à la guitare, il chantait comme un gars qui chante. Tout simplement.
Les icebergs n'ont pas tout fait disparaître. La vie s'est cachée et il faut aller la chercher, un peu plus en-dessous que la normale. Whitehorse sort de l'hiver comme si elle avait succombé à un tsunami.
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