
Il a fallu qu'il pleuve des avions, ce jour-là, ce mercredi 21 avril 2010, pour que je puisse enfin mettre un pied sur le sol canadien. Et ça demeure une rude affaire, tout ça. Avec des heures arrachées du sommeil, je comate entre les rues immenses. J'ai déambulé sans savoir où j'allais exactement, mais il y avait toujours un nord, un est, un ouest et un sud, sur tout le chemin en mode aléatoire. J'ai déambulé comme jamais je n'avais déambulé. C'était de la folie dans tout ce quadrillage de rue: des gratte-ciel, des vieilles maisons toute défraichies, des building haut standing qui surplombent le "Vieux-Montréal".
Justement, à propos de la vieillesse auto-proclamée dans le nom de "Vieux-Montréal", je n'ai vu que des stalagmites de pures modernité, un manque d'histoire déroutant, pour moi qui ais quitté l'Europe, la "Vieille Europe" et toute l'Histoire autour. A Paris, j'avais vu toutes les batailles de ces 500 derniers siècles. A Bruxelles, j'avais vu toutes les chutes et toutes les rechutes, et toutes les gloires des différentes jeunesses passées. Là-bas j'ai tout vu, tout. Avec des kilomètres et des kilomètres de vieilles bâtisses comme jamais on en fait maintenant. Je pouvais lire dans ces villes comme un géologue examinant les différentes couches d'une falaise. Ça parle beaucoup.
Mais ici, à Montréal, et plus précisément dans le "Vieux-Montréal", il n'y a rien de tout ça. Je ne lis rien. Rien du tout. Rien n'a pu exister avant, c'est tout neuf. Ça sent la javel. Alors je me sens perdu. Perdu au milieu d'un trou qui ne comprend que le présent (et éventuellement un petit bout de passé, on va être sympa, hein!).
Alors je suis monté sur le Mont Royal, cette colline qui domine toute la ville, cette colline qui arrive à dépasser tout ça, tous les gratte ciel et les bâtisses. Elle se montre, elle. Elle est là et elle me balance "HEY MON GARS! J'AI TOUJOURS ÉTÉ LA, MOI!! (ajoutez y l'accent québécois à tout ça, je n'en suis pas capable).
Alors je suis monté sur le Mont Royal. C'était un après-midi plutôt ensoleillé. Petit vent d'ailleurs frais.
Et en haut de la colline, une plaque de bronze: "Jacques Cartier est monté sur le Mont Royal dès son arrivée, avec l'aide des tribus autochtones. Arrivé au sommet, il a été ébloui par la beauté du paysage: c'est alors qu'il a nommé cette colline le Mont Royal, et la ville Montréal"
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