vendredi 20 novembre 2009

Derniers jours de taf'



Bientôt la fin d'un taf' qui me tient éveillé la nuit, endormi le jour, qui me tient la vie à l'envers. Drôle d'effet l'impression de demeurer la tête en bas. La terre est en haut, le ciel est en bas.

Le soleil ne se lève plus le matin quand je pars. C'est tout nuit. Tout brouillard. Quelques fois, il y a des cadavres d'animaux éclatés sur le bitume. Un lapin, ou un renard, ou un chat, ou un chien, ou autre chose de mort.

J'ouvre la porte métallique de la grande petite surface où je bosse. Direction rayon des huiles, des sauces, des pâtes et autres féculents. Je range les bouteilles et les boites en carton, j'aligne les boîtes de soupes industrielles.$

Tout un rayon de marques, les plus prestigieuses et pleines de couleurs, avec pleins d'étoiles, plein de choses qui scintillent et qui tintent. "Façon grand-mère", "comme à la maison", "Traditionnel"... ils nous font croire que tout ça reste de l'authentique, du prestige, que ta grand-mère reste derrière son chaudron et touille sa soupe centenaire, toute dégoulinant de sueur et PLOF dans la soupe. L'huile d'olive traditionnelle mise en bouteille comme un grand cru du sauternais.

Puis il y a les produits du bas, tout bas, ceux qui rasent le sol poussiéreux. Les sans marque, sans objet, sans lumière, sans couleur, sans rien, et qui trainent avec les quelques moutons millénaires qui se baladent sur les carreaux du rayon. De la bouffe mise en boîte à la louche, comme à la cantine quand le cuistot sert ta purée PLOC! TIENS! AU SUIVANT! Les pauvres, déjà bien bossu par le poids du temps et du labeur, se penchent et tendent le bras pour prendre ces boîtes. Limite à genoux sur les carreaux. Et remplissent leur caddie-chariot-roulotte de choses ternes. Il doivent se baisser même pour manger, se courber l'échine pour ramasser le peu de couleurs permises.

En tout cas, ma démission est faite. Le 6 décembre je ferai un signe de la main, sans trop me retourner. Avec le poids d'une année derrière.

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