Les matins, devant mon fours, et mes chariots de pains industriels, je rêve. Malgré les vapeurs, les fumées, les bouffées de chaleurs, les machines qui étiquètent, qui malaxent les cerveaux, font tirer la gueule au personnel passionné. Malgré les gestes répétés, automatiques, et la sonnerie du four qui m'alerte, encore une fois de plus, les bâtons de pâtes congelées que j'enfile dans les auréoles des chariots crades. Parce qu'il sont crades, les chariots de pains. Ils sont vieux et crasseux.
Il m'est arrivé de me prendre pour Jésus, les dimanche matin quand le peuple se rue pour acheter l'une de ces précieuses baguettes en toc. Les bras pleins de pains, je distribue, je donne, et les gens défilent, me remercient, tête baissée et laissent place aux autres derrière dont l'envie ne cessait d'accroître.
C'est comme ça que ça se passe. Il y a des jours où je me prends pour Dieu, un prophète ou quelque chose de semblable.

Mais depuis quelques jours, j'ai les doigts qui picotent, les yeux qui ne voient plus mais qui contemplent. J'entends un appel au loin, sans trop savoir d'où est ce qu'il vient. Et me prendre pour un divin qui distribue du pain ne me dit plus rien. Plus rien du tout.
Je bourdonne sur de la musique beatnik; Joplin, Velvet et autres baroudeurs musicaux. Des choses qui me transportent dans la tête. Je rêve.
Il ne reste plus que 3 jours de labeur, et je m'éclipse dans d'autres paysages. Je n'ai pas encore préparé mon sac, ni les matériel nécessaire. D'ailleurs je me dis que moins je prendrai, mieux ce sera. Se défaire de l'inutile quelques temps. Revenir au principal. L'air et le monde autour.
Les picotements me reviennent...
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire