mercredi 30 décembre 2009
2009
2009 s'achève, à petit feu.
Qu'il est grand le monde dans tout son futur, comparé au poids du passé!!
vendredi 18 décembre 2009
Et à l'origine des icebergs?!
Plat et même pas froid, suintant,
Dégoulinant d'eau, il transpire
Et s'attire des tas d'ennuis.
Un iceberg comme une feuille blanche
Sans l'œil qui fixe, droit et divin,
Et qui m'invite à me pencher, délicatement.
Je lui balance des coups de burins,
A coups de cryptolectes, car
Les icebergs sont muets.
Ils sont muets, et je leur donne la voix.
Regardez-moi, je suis vivant, avec toute la vie autour, des tas d'icebergs en mouvements, qui s'enivrent et grappillent quelques kilomètres en plus, toujours, sans cesser de glisser. Ils osent sortir de leur espace, comme des escargots curieux du monde, curieux du rien. Ils osent bousculer, ils sont rebelles.
mardi 8 décembre 2009
Mach 3 atteint
Votre demande de permis de travail a été approuvée sous le programme Vacances-Travail.
À votre arrivée au Canada, vous devrez présenter à l’agent d’immigration :
• votre passeport en cours de validité;
• le présent message imprimé. Votre permis de travail vous sera remis au point d’entrée au Canada.
vendredi 4 décembre 2009
Bebop au déballatoire!!
Ça me soulage en fait. Ça me détend en fin de compte. C'est plutôt agréable tout en feuilletant les feuilles de cours de FLE.
Car je reviens sur Paris quelques temps.
Car je me refais encore une fois (la dernière?!) une nuit "à la Capitale", à balancer mes pieds entres quelques rues désordres.
Je dois passer un examen (le dernier?!), à l'Alliance Française. Histoire de...
Alors je fredonne du bebop tout en feuilletant les feuilles de cours de FLE. Trois quarts finis tout ça, plus qu'une ligne droite. Entre la didactique, la grammaire, phonétique et toutes autres méthodologies d'apprentissage. C'est pas si simple, nan, c'est pas si simple.
Alors je mets du bebop. Dans mes enceintes ça bouge dans tous les sens, en sourdine, pas trop fort non plus sinon elles me prendraient toute la place dans mon crâne. Et j'en ai besoin d'un peu, de l'espace.
Je prends une pause pour écrire là-dedans. Dans ce que j'appellerai désormais mon "déballatoire". Parce que c'est vrai que je déballe toujours n'importe quoi.
Aujourd'hui, c'est le bebop. Et quelques feuilles en l'air...
dimanche 29 novembre 2009
Mach 2 passé
Nous avons transmis votre dossier au Service Visas et Immigration pour la seconde étape de l'analyse. Si votre demande est acceptée par celui-ci, une lettre d'autorisation vous sera envoyée par courriel à l'adresse que vous avez indiquée sur votre formulaire. (Aucune copie papier ne vous sera envoyée.) N'oubliez pas de vérifier vos courriels indésirables.
Si votre demande est refusée par le Service Visas et Immigration, vous recevrez un courrier par voie postale expliquant les motifs du refus. L'Unité Mobilité des Jeunes vous remboursera les frais de participation que vous avez payés.
mercredi 25 novembre 2009
Accusé de réception
L'ambassade m'a envoyé le reçu par informatique, sur la toile. Ça dit:
Nous accusons réception de votre demande de participation à la catégorie Vacances-Travail Canada-France 2010. Elle a été enregistrée à l'Unité Mobilité des Jeunes de l'Ambassade du Canada en France le 25/11/2009.
Nous étudierons votre dossier selon les instructions fournies dans la trousse de demande de participation et selon les éléments contenus dans l'Accord entre le Canada et la France relatif aux échanges de jeunes.
Les délais de traitement qui s’appliquent à votre dossier sont ceux affichés sur notre site le jour de la réception de votre demande.
Veuillez noter que nous ne répondrons à aucune demande concernant l’état de votre dossier pendant ces délais.
Rien de plus.
En attente, donc.
mardi 24 novembre 2009
Waintin' for "le Nouveau Monde"

Première étape, premier pas vers le Nouveau Monde. Un tas de papier mis sous enveloppe suivie, glissé dans une fente, un petit trou noir, bien aspiré et HOP! partie pour des tonnes de kilomètres sans moi.
J'ai envoyé un dossier bien compact, avec des tas de chiffres et des tas de lettres, des photos couleurs. C'est que, pour aller là-bas, il faut envoyer tout ça. Ils ont besoin de tout ça: AVEZ-VOUS ETE CONDAMNE A UNE QUELCONQUE PEINE? ETES-VOUS ALLE UNE FOIS DANS LA VIE SUR LE NOUVEAU MONDE? SI OUI, POURQUOI FAIRE? COMMENT? AVEC QUI? OU? 'fin tout ça quoi...
Maintenant l'attente. Je dois attendre. Une réponse, un signal ou un truc comme ça. Une confirmation: VOUS AVEZ VOT' PASS PASS POUR LE NOUVEAU MONDE! CIRCULEZ! Et à ce moment-là, je circulerai. Je prendrai un flying boat et j'y poserai le pieds, comme le premier homme sur la lune, sans drapeau cette fois.
Maintenant l'attente. Avec les doigts qui craquent, et les dents qui crissent parce que l'attente est propice au stresse. Je stresse. C'est stressant.
vendredi 20 novembre 2009
Derniers jours de taf'

Bientôt la fin d'un taf' qui me tient éveillé la nuit, endormi le jour, qui me tient la vie à l'envers. Drôle d'effet l'impression de demeurer la tête en bas. La terre est en haut, le ciel est en bas.
Le soleil ne se lève plus le matin quand je pars. C'est tout nuit. Tout brouillard. Quelques fois, il y a des cadavres d'animaux éclatés sur le bitume. Un lapin, ou un renard, ou un chat, ou un chien, ou autre chose de mort.
J'ouvre la porte métallique de la grande petite surface où je bosse. Direction rayon des huiles, des sauces, des pâtes et autres féculents. Je range les bouteilles et les boites en carton, j'aligne les boîtes de soupes industrielles.$
Tout un rayon de marques, les plus prestigieuses et pleines de couleurs, avec pleins d'étoiles, plein de choses qui scintillent et qui tintent. "Façon grand-mère", "comme à la maison", "Traditionnel"... ils nous font croire que tout ça reste de l'authentique, du prestige, que ta grand-mère reste derrière son chaudron et touille sa soupe centenaire, toute dégoulinant de sueur et PLOF dans la soupe. L'huile d'olive traditionnelle mise en bouteille comme un grand cru du sauternais.
Puis il y a les produits du bas, tout bas, ceux qui rasent le sol poussiéreux. Les sans marque, sans objet, sans lumière, sans couleur, sans rien, et qui trainent avec les quelques moutons millénaires qui se baladent sur les carreaux du rayon. De la bouffe mise en boîte à la louche, comme à la cantine quand le cuistot sert ta purée PLOC! TIENS! AU SUIVANT! Les pauvres, déjà bien bossu par le poids du temps et du labeur, se penchent et tendent le bras pour prendre ces boîtes. Limite à genoux sur les carreaux. Et remplissent leur caddie-chariot-roulotte de choses ternes. Il doivent se baisser même pour manger, se courber l'échine pour ramasser le peu de couleurs permises.
En tout cas, ma démission est faite. Le 6 décembre je ferai un signe de la main, sans trop me retourner. Avec le poids d'une année derrière.
mardi 17 novembre 2009
Les icebergs

Les icebergs n'ont plus de fondation, ils coulent, ils éliminent leur cellulite, leur matières grises dans les eaux. Les icebergs font la queue dans les chambre à gaz, condamnés pour avoir coulé l'insubmersible, le grand, le Titre! Les icebergs sont nocifs pour la santé, trop de glaçons dans les whiskies ça frise les banquises, les marquis ne sont plus assez saouls. Les icebergs n'ont plus de calotte glacière, ils sont nus et défilent comme dans des damnés, tête baissée, ils ne voient plus l'avenir, il s'y noient et se consument, glissent et s'immiscent tranquillement sous les eaux. Les icebergs naviguent sur les eaux, sales loups de mer, je les ai vus se marrer, s'amarrer et repartir sans rien dire, comme ça, pour la vie.
jeudi 5 novembre 2009
Un grand soir...
C'était encore l'un de ces grands soirs, à tapoter sur ce foutu clavier sans couleur, devant cet écran sans couleur, et le bruit incessant de l'ordinateur. Et je me dis qu'il ne me reste plus que lui, l'ordi, pour supporter tous les coups. Je me dis qu'il ne me reste plus que lui, à l'ordi, pour frôler la folie qui me guette, toujours et encore car ce n'est pas la première fois, oh non, c'est encore l'un de ces grands soirs.
Mes journées ne sont pas très belles. Ça non. Elles sont les témoins d'une chute toute lente, sans style, ni manière. Une chute lente qui se fait en silence, dans l'espace bien carré de mon lit, sous les couvertures qui ne savent plus quoi couvrir. Et pourtant je n'ai pas froid, je crève de chaud. C'est une chute qui fait transpirer. Elle fait couler toute les sueurs de mon corps, en partant de la tête. Ces gouttes qui dégoulinent et qui touchent les cils, et qui stagnent là, un temps, comme des éclaireurs. Voilà, j'ai des sueurs éclaireuses, des sueurs qui profitent de l'absence de tout pour visiter le terrain et s'y plaire. Puis tout le reste se la ramène et me couvre. Alors je suis pris de frissons, de spasmes limites psychédéliques. En silence sous la couverture et le cadre du lit. Cette chaleur moite n'est pas sans conséquences. Ça non. Elle n'est pas sans conséquence. La télé est allumée, il y a des tonnes et des tonnes d'images qui défilent, droites comme des i, des images froides. Les pulsations de mon cœur s'accélèrent sans que je m'en rende compte. Ça fait partie de la chute, et les frissons n'arrangent rien à l'affaire. Il y a la belle présentatrice, il y a ses cheveux qui coulent sur ses seins et tout le reste. Puis un instant d'éclats d'obus, une fumée vagabonde qui va dans le ciel, une mer de plastique qui flotte, une éclipse dans les quatre coins du monde. Ma lampe de chevet est allumée aussi, elle m'aide à y voir plus claire dans tout ça mais ce n'est pas le cas. Disons que c'est une source rassurante, comme un oasis dans le rien.
Dans ces journées, il m'arrive de sauter en dehors de tout ça et d'arracher tout ce que j'ai dans le crâne. Je fais une bonne salade de pensées, de détritus, de choses qui n'en peuvent plus d'être. Alors je fonce sur l'ordinateur et je lui tape dessus. Le puching-ball de l'esprit. J'entends encore Hank me dire que POUR PLAIRE AUX FEMMES, JE TAPE! Ça défoule! Mais ces grands soirs comme celui-ci ne font pas de bien. J'ai beau taper et rien ne se passe, rien ne vient, à croire que lors de mes précédents combats j'ai tout cassé, et il ne me reste plus rien. Peut-être des ruines... des putains de ruines...
J'enregistre le tout. SANS NOM 1. Pas mal pour un titre de projet je me dis. Pas mal pour un début. Je ferme l'ordinateur, je le tue pour la énième fois.
Je sors en dehors de tout ça et me remplis un verre. L'espace est plus vaste, j'y respire mieux. On parle sur les ondes à la radio mais rien de bien intéressant.
mercredi 21 octobre 2009
Le Nouveau Monde, soit-disant.

Putain! un jour je perdrai la vue à force d'avoir trop regarder. Comme être essoufflé après un 100 mètres qui aurait duré des kilomètres.
J'ai fini de divaguer et j'ai peur des réalités de ce monde. Peut-être l'âge qui fait ça, et les rêves de jeunesse qui se dissipent.
Je dévore "On the road", fait façon Kérouac et son style beat. Ça m'interroge. C'est vrai que le voyage épuise les cœurs, épuise les corps et l'esprit. C'est vrai qu'à force de courir des 100 mètres, on finit par franchir le cap des milliers de kilomètres. C'est ma seule façon de me sentir en vie, sur langage bebop même si tout ça n'existe plus...
Je ne veux pas être un fantôme...
Je suis un résidu de tout ça, de cette génération de paumés car si on la compare à maintenant il n'y a pas autant de différences. Juste le temps et l'espace qui ont changé depuis.
Je suis paumé et j'assume.
J'utilise alors toute la force qui m'accompagne, car il s'agit bien d'une force. Toute chose est force. Toute chose est un bâtiment à construire.
Alors je partirai encore. Sur un autre continent sûrement. La vieille Europe n'est que vestige, et j'ai besoin de vertige. J'irai sur l'autre continent, le soit-disant Nouveau Continent, avec tout ce qu'il représente. Des tas de choses nouvelles. C'est le Nouveau Monde, soit-disant.
En attendant, je participe à la génération paumée, la speed génération... c'est tellement facile de dire ça.
mercredi 14 octobre 2009
Des visages des paysages

Je ne me souviens plus tellement de tout. C'est vrai, il y a eut des moments où le trous se sont installés à droite à gauche, entre deux plateaux de bitume et quelques nuits blanches bien arrosées, à fumer ou à boire. Je ne me souviens plus tellement de tout mais il reste cependant quelques senteurs, quelques penchants bien encrés dans ma matière grise. Comme ces soirs de grandes disettes, au bord de fleuves ou de rivières, ou de ruisseaux, enfin tout ce qui peut couler et qui ne s'arrête jamais. Ça me rappelle ces moments où je restais planter là alors que tout continuer autour. Je ne peux contrôler le temps, et peu à peu la mémoire non plus.
Une femme, plutôt charmante, à la cuisse charnue, plutôt bonne dans son genre avec des bouclettes qui froufroutaient tout son visage, m'a demandé si je tenais un carnet de voyage. Avec des croquis. Avec des écrits. Des notes, des adresses, des aperçus, des ressentis et tout ça. Je lui ai répondu que ce n'était pas la peine. Que je ne suis pas là pour imprimer le présent. Je n'ai pas envie d'enterrer et de condamner le présent tel qu'il est dans des pages, des croquis, des mots, des choses trop éternelles pour la peine d'être vécues. Non Sonia, je n'écris pas, je ne tiens pas de carnets de croquis. Elle m'a semblé être étonnée quand je lui ai dit ça, parce qu'elle m'a demandé POURQUOI TU VOYAGES ALORS? Elle aurait voulu des traces de mon passage. Sans doute regrettait-elle le fait que je ne puisse lui montrer quoi que ce soit. Je n'avais que des paroles mais ça ne l'intéressait pas plus que ça. Elle aurait voulu voir de l'image, du sensationnel, du paysage. Mais non, j'étais parfaitement incapable de lui raconter ce qu'elle voulait. ALORS C'EST BEAU LA-BAS? Et je parlais des gens, des rencontres faites, un peu partout. Je lui racontais les crevasses imprimées sur les visages, les mains hésitantes mais entrainantes et qui disent HEY VIENS PAR ICI, JE VAIS TE MONTRER CE QUE TU N'AS JAMAIS VU, les cheveux au vent quand la caisse vrombissait et s'envolait, et le rire de l'autre qui s'éclatait contre les murs. Mais ça ne l'intéressait pas plus que ça. Elle voulait connaître la forme des petits villages traditionnels, la forme des montagnes, la courbe des collines, savoir si l'eau était froide dans les courants, si le soleil brille pour bronzer. Elle désirait qu'une description d'un jardin d'éden, quelque chose qui sorte de l'ordinaire, un truc de fou à s'en arracher les yeux. Mais je ne sais pas écrire tout ça. Ça restera là. Qu'on laisse ça aux autres, pour les centaines d'années à venir! Les gens sont exceptionnels.
Elle m'a déposé là où je voulais. Sur le bord d'une route pleine d'herbes hautes, quelques pavillons avec des balançoires et des piscines toutes propres, un petit quartier résidentiels de bordure de ville. Prêt à reprendre la coulante. Il faisait beau je crois ce jour-là.
Je ne sais plus trop exactement où j'étais. A part ces maisons tranquilles et quelques gosses qui se pavanaient le long du bord, il n'y avait rien du tout. L'herbe était toujours verte, le ciel toujours bleu, le soleil rugissait encore. C'était simple. Voilà tout.
J'ai marché une courte distance. J'ai trouvé un endroit tranquille, près d'un champs de je-ne-sais-pas-quoi. Des tracteurs colosses labouraient la terre, vidaient la colline de toutes ses couleurs. Je les regardais et me disais que même ce paysage n'était que l'homme. Il n'avait que sa sale tête au moindres recoins, toute ridée, certes, mais toujours là. Ce que Sonia ne savait pas, c'est que je lui décrivait ce jardin d'éden.
Je me suis dit que j'allais passer la nuit ici.
dimanche 11 octobre 2009
Mikolaï 3
Il sortit de là avec une boîte de douze œufs et du cajio, tout sourire, d'un pas léger et en sifflotant à peine un vieil air traditionnel. Il marcha au pas, sous un faux rythme bien maitrisé, droit et sans bavure. Il savait que c'était une belle journée. Il pensait déjà à ce qu'il allait faire en rentrant chez lui. Il pensait aussi à sa fille. Il pensait aussi à cet étranger qui dormait chez lui. Il pensait toujours et ça lui mettait la bonne humeur dès le matin. Les murs de la petite ville tiraient la gueule, ils dégoulinaient et n'en pouvaient plus de tenir au sol. On pouvait voir s'étirer une flemme gigantesque dans ces murs, comme s'ils n'en pouvaient plus d'exister.
A sa droite, une femme, tête dans un torchon, se signa. Une église pointait, avec sa croix transpercée par une barre. Une hutte au toit doré, entourée de grillage, couverte de fleurs, couverte par les stigmates du temps, des trous glissaient de la pente de la toiture. Elle coulait aussi.
A sa gauche, un homme droit, regard droit, barbe droite. Le vent ne le faisait pas bouger, il demeurait statique, hypnotique, gigantesque, sans trait de vieillesse, sans âge apparent. Il se trouvait planter là, au milieu d'une foule de cinq personnes qui dédaignaient de rencontrer son regard. Il avait les yeux aplatis, à croire qu'il fermait les paupières.
Mikolaï rentra chez lui, après toute une symphonie de craquement dans les escaliers, et vit l'homme debout, dans la salle principale. Une sorte de pièce à vivre, avec de draps emmêlés sur un quelconque lit où Mikolaï a dû passer la nuit. Des tables un peu au hasard dans l'espace. Des armoires qui longent les murs pour cacher la tapisserie fleurie. Des fringues, des fripes, des lambeaux de frocs s'alanguissaient sur le sol. L'homme était dedans, les yeux écarquillés, en quête de découverte, sans toucher, seuls les yeux pour bouffer. « HAAAA T'ES DEBOUT SUR TES JAMBES! VIENS PAR LA, ON VA GRAILLER LE MATIN! »
Œufs brouillés avec cajio. Une masse difforme blanche qui s'étale dans la tâche jaune. Du gras. Ça fume, ça fait des bulles. Il sortit des petits gâteaux, un fond de tiroir comme un coffre fort bien secret. Un fromage ouvert fit son apparition. Il étala le fromage sur les petits gâteaux secrets, les posa dans une assiette. Le feu s'est éteint: c'est prêt.
Mikolaï avait le geste précis. Quand il mâchait, ça partait dans tous les sens. Sa mâchoire comme un chewing-gum, élastique et qui parle en plus. Qui parle est postillonne toute une armada. Il parlait, et il parlait encore. Il parlait de sa fille, de son fils... mais aucune femme. Aucun être féminin ne frôlait son univers. Une femme pour le consolider. Et il parlait, il parlait. Il souriait et partait en vrille dans des éclats d'euphorie. Des éclats qui projettent des bouts d'œufs. Il raconta sa vie, ses bouts de gloire dans l'armée russe, dans l'armée ukrainienne. Des photos noirs et blancs montraient un homme droit, au visage sans faille, sans une ride, sans une faute à déclarer. Mikolaï était un homme de valeur, de vertu qui n'avait qu'un seule parole, la sienne. Il pointait du doigts ces hommes qui devaient être ses amis, ses potes de l'armée, comme lui.
Et l'homme le regardait, mangeait, et écoutait.
Mikolaï ne sut plus quoi dire. Il eut un blanc. Son visage illuminé souriait toujours.
Il se leva, alla dans la pièce bordélique, fouilla un instant. Tas de fracas, des choses qui cling et des choses qui clang, avec du tintamarre, des choses sourdes et claires puis il en sorti une boite.
Les yeux pétillants, il l'ouvrit devant l'homme.
Une grenade.
Une cravate.
Des épaulettes étoilées.
Un sac en bandoulière en cuir.
Des billets, tous vieux, tous ratatinés, dépassés.
Tout ça pour l'homme. Dans son sac bleu, il tassa la tout avec toute l'incompréhension du monde. Pourquoi lui avait-il offert toutes ces antiquités de son passé, comme pour s'en débarrasser, comme pour donner un héritage dont personne ne voulait posséder. Dans cette petite boite, toute une panoplie de vie passée, et pourtant Mikolaï gardait le sourire. Il insistait, l'aidant à entasser ces choses dans le gros sac du voyageur. Avant il avait pris le soin de lui montrer comment il savait les utiliser. La grenade, le sac en bandoulière, les épaulettes... Il se séparait de ces choses qui avaient construit sa vie pour cet étranger qui n'était pas foutu de parler.
Puis l'homme s'en alla. Surement en prenant un bus, pour une quelconque destination mais de toute façon Mikolaï ne voulu pas savoir. Ils se sont serré la main, toujours le sourire sur son visage crevé, puis un geste de la main, au loin, en guise d'adieu.
Le fil de fer avait déjà rappliqué « MIKOLAÏ! VIENS BOIRE UN SHOOT DE SCHNAPSSSSS AVEC NOUS! MILOCHKA EST AVEC NOUS! »
vendredi 2 octobre 2009
Mikolaï 2

Mikolaï arriva chez lui. Bâtiments crevés de trous. Bâtiments sans gilet pare-balles, où les vitres vibrent au moindre passage de caisse. Il arriva chez lui, dans son village aux fausses allures de ville: un bar ouvert, une épicerie ouverte, un autre bar ouvert, des tables et des chaises qui trainaient un peu partout, des arbres endormis, un titubant qui titube, un titubant assis et un titubant qui attend. Tout un tas de choses qui faisaient que Mikolaï était enfin chez lui.
Sur le trottoir, des tas de vieux tous bosselés parlaient très fort. Ils parlaient à s'en arracher les cordes, ils postillonnaient avec de grands gestes à s'en écarteler. Bouteilles jonchées au sol, ça dégoulinait d'alcool. Et quand il virent enfin Mikolaï s'approcher, leurs yeux s'écarquillèrent pour laisser partir une explosion furieuse « OOOOOH T'ES DE RETOUR TOI!!! » Et bien sûr, Mikolaï ne pouvait pas faire autrement que de marcher vers eux. « SALUT LES MECS! ».
Accolades.
Le plus grand se tenait à peine debout, haut perché comme un fil de fer.
L'autre avait une dégaine de gros lard empoté, nez rouge et bedaine exacerbée.
Le petit, moustachu et sans couleur de peau, un véritable fruit desséché qui n'articulait pas.
« MAIS C'EST QUI LUI? » l'homme qui marchait derrière Mikolaï, comme un animal presque honteux d'exister. « IL NE PARLE PAS MAIS IL EST SYMPA, JE L'AI RAMASSE AU BORD DE LA ROUTE ».Et tout de suite, il eut droit à un encerclement, il ne pouvait plus bouger, ne pouvait poser son regard ailleurs que sur leurs faces toutes rétamées. Le géant lui tendit la main tant bien que mal et lui sourit. Le gros le tapa sur l'épaule, sale geste de camaraderie. Et le moustachu, les yeux gonflés, bafouilla quelques syllabes à peine audibles. Mais le cœur y était, et c'était dans l'étonnement le plus total que l'homme demeura là, au milieu de cette fausse cohue.
Ces hommes baignaient dans le fléau, les flaques éthyliques, limite atomique à la vue de leurs visages qui ne sont plus que des faces, à l'image de leurs boites, leurs case à vivre, toutes ramollies et ravalées par de quelconques tempêtes, quelconques cataclysmes passés, des tornades rouges qui font saigner les murs et les esprits. C'est tout ce qu'il y avait sur leurs visages devenus façades, des ratures et des rainures, marqués à vie. Et ces hommes qui attendent, qui attendent l'arrivée d'un quelconque semblable et qui éclatent de joie parce que, enfin, il arrive et il est en vie.
Quelle récompense!
« IL NE PARLE PAS, MAIS CA MERITE UN COUP DE SCHNAPSSSSS! » Montée dans les escaliers. Marches bancales mais contrôlées. Progression vers le haut de là, dans bâtiment croupi. Arrivée à l'étage suprême. Grincement de porte en bois, poignée en toc, mécanique rouillée. Et ils s'installèrent autour d'une table à quatre pieds.
Mikolaï fit un bref état des lieux. C'était chez lui, alors comme chaque fois il vérifie les arrivées d'eau et d'électricité. Et dans un acharnement, les autres fouillèrent dans les placard pour trouver la bouteille miraculeuse de schnapsssss. « ALORS TU BOIS? ». Petits verres comme des champignons sur la nappe, et hop! ils sont remplis. Puis ils sont vidés. Puis remplis pour être vidés, remplis pour être bus, ingurgités, jusqu'au gavage, la noyade. L'homme buvait un petit peu, par parcimonie, au compte goutte tandis que les autres s'égouttaient et s'égosillaient, surtout le grand fil de fer, au pif éclatant, sanguinolent. Il bredouillait des choses avec ses gestes. « TU SAVAIS QUE LA BELLE MILOCHKA EST VENUE ME VOIR CE MATIN? », et apparemment ça captait toute leur attention, et Mikolaï se mit à rire à gorge déployée. Sa voix racontait des choses rocailleuses, une bonne voix des profondeurs, comme si les mots qui en sortaient avaient été séquestrés des millénaires. Il balançait des mots gutturaux, ça résonnait, tous ces mots caverneux.
Écervelé, le crâne à en vibrer, l'homme se leva et demanda à Mikolaï s'il n'avait pas une petite place pour dormir. Là-bas... son lit. Et Mikolaï dormira ailleurs. Il s'en alla dans la petite pièce d'à côté. « EH MIKOLAI, C'EST PAS UN FOU TON GARS SORTI DE NUL PART? » Le fil de fer s'esclaffait en se reversant un p'tit verre de SCHNAPSSSSS.
mercredi 30 septembre 2009
Et toute la verdure autour

Je déteste les bordures de quais. C'est toujours pour ma pogne et quand le moment est venu de la quitter, j'ai cru que je partais aussi. Mais non. Je restais là.
Tout c'était passé à merveille. Petite ballade dans le parc avec de la verdure tout autour. Les rues de Prague festoyaient. Les gens marchaient et on était dans les gens, on était dans le courant, dans le flux et tout ce qui crée la Ville. A marcher comme des damnés, la bouche ouverte et les yeux au ciel. J'étais léger, mon big sac m'avait lâché les épaules. Le temps d'une pause, à Prague, avec toute la verdure autour.
Elle marchait à côté de moi. Elle marmonnait. Quand elle parlait, c'était des sons agréables, des sons à faire vibrer la terre entière, et la verdure tout autour. Sa voix rappelait tous les délices esquisses rencontrées jusqu'à lors, chaque mot était une bride d'agréable. C'était agréable.
Pourtant ça faisait à peine six heures qu'on se connaissait. Elle avait débarqué, comme ça, à l'improviste, sans prévenir, sans me conseiller, sans savoir si j'étais prêt, là, tout de suite, entre deux courants d'air, elle a déboulé et je n'ai rien pu dire. Je logeais chez ce gars, un English fou, un English habillé en rouge et qui criait haut et fort « I AM VEGETARIAN!! ». Bizarre pour un rosbif, je pensai. Un soir de grande esclaffades télévisuelles, le téléphone sonna. C'était elle. « YOU'RE A LOST LITTLE GIRL? ALRIGHT, COME! »
Et elle est apparue. Au début, muette. Ensuite, souriante. Puis, avenante. Avec des froufrous plein la voix, des bigoudis à faire bondir tendrement son auditoire, quand elle se mit à parler c'était le calme plat, et on en redemandait. Vas-y, parle encore, nous t'écoutons. « OH YEAH LITTLE GIRL, THIS IS AMAZING! ».
Carolina. Ça sonne bien avec sa voix, je pensai. Ça sonne plutôt pas mal, même. On s'est assis dans l'un de ces fameux pubs tchèques, avec la bouffe et à boire à volonté, pour passer le temps et se goinfrer tant qu'il est encore temps.
Carolina. Et pour la première fois, elle se mit à me parler. Cœur boum boum qui débloque jusqu'à ma boite crânienne, je n'entendais plus que mon corps qui partait en vrille. Oui... oui... oui... oui... je l'écoutais. Mieux, je m'en délectais. Et je lui répondais avec des mots que je ne contrôlais plus. Tout était à elle. Tiens!
Chez l'English fou, on a discuté. Discuté comme jamais. Discuté avec moi-même, avec la même personne que moi, avec l'autre, de l'autre et de tout ce qui nous entoure. C'est fou comme on a des choses à dire quand on parle peu. Silence... puis silence... mais s'il te plaît, ne t'arrête pas, continue car je sais que ça s'arrêtera. Et ce soir, je ne veux pas rêver, je veux être là. Et blabla, et blabla, et blabla, des mots fous. J'étais dans une rocking-chair, elle était allongée sur le canapé. Sa tête proche de ma main droite. Ses yeux qui se levaient pour me voir, et non plus me deviner. La nuit coulait de long en large, ça dégoulinait et elle déteignait sur nous.
Elle devait prendre le train au petit matin.
A l'autre bout de la ville. Et je souriais car Prague, c'est grand.
Dormir ou survivre ce moment. Elle luttait et me disait « KEEP TALKING! ». Alors je lui ai raconté des histoires. Des histoires à dormir debout, car elles n'avaient ni queue ni tête. Des bouts de néant accrochés à la nuit, qui s'écorchaient pour ne pas tomber, et quand elles tombaient, Carolina était là pour les rattraper « KEEP TALKING » de sa voix douce et endormis, ses yeux qui accouchaient de belles couleurs syncopes, et clignaient en stroboscopes, je me balançais tranquillement sur la rocking-chair et rythmais ainsi les secondes. Tic tac tic tac, et voilà la nuit qui se casse enfin, et qui laisse place à quelque chose de remarquable. C'était remarquable, dehors. Et la verdure tout autour.
Elle se tourna brusquement vers moi. La pesanteur qui nous encerclait disparu d'un coup, comme un fantôme. « IL FAUT QUE JE TE DISE QUELQUE CHOSE! . » Mon cœur boum boum s'emballa, crash interne de tous les nerfs, je sursauta de la rocking-chair. Finis les balancements.
Et depuis, elle marchait à côté de moi. Elle chantait aussi, des fois. Les Beatles je crois. Elle chantait et elle riait. Moi, je l'écoutais. Dans les rues de Prague, dans le parc près de la gare.
On s'est assis, calmement. Ses yeux dévoraient la verdure tout autour. Les miens aussi. Je m'étonnais de les voir autant pétiller avec toute cette nuit blanche. Saveurs du temps...
Pourtant, trente minutes plus tôt, on s'égosillait à courir dans ces vieux couloirs dégueulasses du métro, à n'en plus finir, insurmontables, incroyables, des rampes d'escalators électroniques automatiques pratiques mais pas si magiques que ça, des gens qui glissent sur le sol et, regards béats en l'air sur les murs quadrillés de la grande gare centrale européenne de Prague, des gens immobiles et qui ne cessent de vouloir aller plus vite, toujours plus vite. Dans ces vies-là, les escalators sont des moments de répit, et nous, on se pressait, on se tordait l'échine car une patrouille de contrôleurs voleurs nous poursuivaient comme des chasseurs derrière des renards argentés. On tourne une fois à droite. On tourne une fois à gauche. Escalators. Droite. On descend, puis on tourne à gauche. Les panneaux ne disent rien! « TU COMPRENDS TOI? », elle me fit signe de la tête que non. Les contrôleurs pleins de casquettes sur la tête nous en voulaient, pourtant on leur avait dit qu'on ne faisait que passer...
Et puis tout était enfin passé, sur l'herbe verte et toute la verdure autour, dans ce parc qui accueillait septembre. Son train allait partir. Elle sorti de son sac bigbang jaune un petit tube transparent: un bracelet. Elle me le mit au poignet gauche. Trois nœuds au bout. Trois vœux à s'imaginer en cachette.
Puis on a quitté l'herbe, et toute la verdure autour, pour le quai de la gare, le quai de son train, le train de son départ, avec tout le bruit qui crisse, qui tapisse les alentours d'une aura maussade. Ses mots, je ne pouvais plus les entendre. JE NE PEUX PLUS LES ENTENDRE! Et il a fallu qu'elle crie, ALORS CRIE! À tue-tête, et les grosses cylindrées de locomotives vomissaient tout les possibles cris des mécaniques. Et moi dans tout ça JE SUIS ALLERGIQUE AUX MECANIQUES!
Le quai débordait de sentiments. De sentiments louches.
Elle me pris dans ses bras. M'embrassa dans le cou. Unique toucher.
Mit un pieds dans le train. Il était haut, et elle était si petite.
Je la voyais encore à travers la fenêtre.
Je suis parti. Avant elle.
Je me suis posé tout en haut de la colline. A Prague. Avec métronome géant, pour montrer que le temps est bien présent, qu'il ne s'arrête pas, même le temps de parler un instant, de se raconter des histoires, des bouts de vie, des conneries qui traversent l'esprit, et courir dans les couloirs métropolitains, durs bétonnés avec « service-contrôle » au bout.
Carolina s'est barrée de Prague comme le vent. Presque un chant de sirène.

J'étais crevé.
Je me suis posé dans le parc, entouré de verdure. J'étais crevé et pourtant, j'avais bel et bien rêvé.
jeudi 17 septembre 2009
Mikolaï 1
Une première voiture s'arrête.
Il monte dedans. Il pose son sac à ses pieds.
Mikolaï se fait déposer à un rond point. Puis continue à marcher. Un tracteur retape la route à coup de tuyau qui crache du bitume. Ça fait du bruit. Il choisit de marcher sur l'autre trottoir en voie de disparition. Il aperçoit sur le rebord un homme. Sa curiosité l'éveille. Il était assis, un gros sac à dos s'allongeait à côté, un petit étui jonchait le sol. Un homme, chapeau sur le crâne, l'air sale mais net sur le visage, sans ride, assez jeune, cheveux en pagaille. Il se lève. Demande du feu sans dire un mot. Mikolaï lui dit qu'il n'en avait pas, et de toute façon Mikolaï ne fume pas. Puis il voit une pancarte, écrit EST! Dessus. A ses yeux, ça ne voulait strictement rien dire. Trois lettres qui ne veulent rien dire du tout. Il lui demanda sur un air enjoué, HE MAIS TU VAS OU COMME CA? L'homme ne répondit pas, mais ses yeux cherchait un sens à sa question. OUI! TU VAS OU COMME CA? PARCE QUE MOI J'VAIS LA-BAS, ET EN STOP EN PLUS, TOI AUSSI NAN? L'homme se mit à vouloir arrêter les voitures: c'était un auto-stoppeur avec une drôle de pancarte, et il ne parlait pas.
Une deuxième caisse déboula, s'arrêta. Porte ouverte à la place du mort.
Mikolaï s'y engouffra. L'autre se glissa à l'arrière. Petit sac blanc tacheté de noir contre gros sac à dos bleu.
Mikolaï et l'autre se font déposer dans une petite ville. Pas trop loin mais juste assez pour se sentir ailleurs. L'air est dégueulasse. Des bus passent comme des tanks. Quelques Lada zigzaguent, mais on se sent ailleurs. Comme si les gens avaient une autre peau. Comme si les murs transpiraient davantage. Les odeurs plus sourdes. Dur à entendre. Dur à voir. Le chauffeur les regardait d'un œil, dans le coin, comme ça. Et Mikolaï se mit à parler, sans s'arrêter. Un vrai moulin à parole, des paroles qu'il débitait comme un bucheron. Il lui racontait d'où est-ce qu'il venait, sa fille qui avait les armoires trop pleines de légumes, et qu'il n'a pas pu prendre les tomates par crainte de les écraser dans son sac. Il n'arrêtait pas de sourire, et deux crevasses faisait surgir ses yeux clairs. Le chauffeur ne les regardait pas, il traçait, sièges en mousse et vierge en icône sur le tableau de bord, dans un boucan d'enfer. C'était l'enfer. Et l'autre, tranquillement derrière, regardait le paysage défiler. Des cimetières longeaient le bord de la route. C'était plein de fleurs de toutes les couleurs.
samedi 12 septembre 2009
Séquence vendanges
Les matins où tout paraît sweet, où tout paraît endormi encore, où tout ce peuple qui ramasse les grains dorés.
Je suis encore parti pour quelques temps pour ces matinées bleu ciel qui illuminent les pupilles enrêvées.
Les vendanges ont débuté et c'est un spectacle, sur l'une des collines de Sauternais, avec un gros château au milieu, une allée longue de platanes qui forment l'ombre.
Puis tout ce soleil qui tue l'esprit, qui abasourdi les corps. Un soleil qui massacre la tête et le geste pourtant si simple de la cueillette. Un soleil qui brûle l'épiderme. Un soleil limite destructeur qui fait monter le suc, qui dessèche.
Le soir, je suis cramé, mais j'attends toujours le matin dans toute sa splendeur...
Puis il y a ces gars, ces patrons, à l'accent rocailleux, typique bordelais. Ils ont le regard sec, et une articulation qui se laisse désirer. Sous leur casquette, ils crient, ils parlent fort, font des blagues à l'humour gras. Ils sont irradiés par le soleil, possèdent les stigmates les plus profond sur leur visage. Ils sont asséchés.
Et c'est la loi de celui qui parle le plus fort: VOUS ME DONNEZ DES AIGREURS D'ESTOMAC!! C'est tout ce qu'il sait dire, le moustachu, chemise à carreaux, toujours.
dimanche 6 septembre 2009
Paloma dort (Eddy Mitchell)
Elle s'est réfugiée dans mes bras
Elle avait un drôle de velours
Dans sa voix des combats trop lourds
Et dans ses yeux l'air insoumis
Un regard en mal de pays
Comme une étincelle dans la nuit
Je lui ai dit
Raconte moi paloma
Le soir qui descend trop tôt
Le manège des corbeaux
La chaleur des braseros
Raconte moi paloma
Les mots qu'on entend là bas
Le passé qui vole en éclat
La peur qui n'en finit pas
Loin de la closerie des lilas
Elle avait sous son grand manteau
L'histoire d'un pays en lambeaux
Ce qu'elle disait crevait la lune
Et je remerciais la fortune
De ce rayon sur mon chemin
Elle parlait d'un monde en déclin
De l'espoir qu'il fallait sauver
Je répétais
Raconte moi paloma
Les mots qu'on entend là-bas
Le passé qui vole en éclat
La peur qui n'en finit pas
Loin d'la closerie des lilas
Elle a posé
Au coin du lit
Son grand manteau couleur de pluie
Accordant le temps d'une trêve
Aux tambours battants de ses rêves
Depuis elle dort, paloma dort
Et ça ressemble à de l'amore
Depuis elle dort, on dit qu'elle dort
Et ça ressemble à de l'amore
Raconte moi paloma
Le soir qui descend trop tôt
Le manège des corbeaux
La chaleur des braseros
Raconte moi paloma
Les mots qu'on entend là-bas
Le passé qui vole en éclat
La peur qui n'en finit pas
Raconte moi paloma
Le soir qui descend trop tôt
Le manège des corbeaux
La chaleur des braseros
lundi 31 août 2009
Station service
J'avais le sommeil au bord des yeux, ça transpirait la fatigue, la dépendaison de nerfs. Et mon pouce, droit comme un i, se frittait avec le courant. BORDEL! PAS UNE CAISSE NE S'ARRETERA!
J'étais quelque part encore sur le même territoire: des fromages dans les vitrines et des saucissons pendouillards aux comptoirs. Des bouteilles de vins s'élançaient à perte de vue sur les horizons du grand courant. Ça sentait le terroir. Et après avoir piétiné tout un champs de haricots bizarres, je m'étais rendu à ce check-point: une station-glouglou pour navires en perte de vitesse. Au bord des courants, ces stations-glouglous forment les seules haltes face à l'incessant. Elles forment des îlots microscopiques, des bancs de sable où le relief remonte. On pourrait croire à un défaut de fabrication. Dans les stations-glouglou, les marins ne s'attardent pas, ils font le plein quand ils sont vides et il reprennent dans le courant. Et moi j'étais sur le côté, à attendre une embarcation.
Les stations-glouglou sont des utopies. De sales utopies. Des endroits qui n'en sont pas. Bancales. Comme de mauvais rêves. Les navires chalutiers transporteurs sont amarrés et ils restent, endormis, comme des navires fantômes, des échoués. De vieux capitaines en sortent et ne regardent pas, ne parlent pas la langue, solitaires jusqu'à la moelle. Ces îlots sont des utopies abandonnées, oubliées sans doute par quelques fous qui osent encore y traîner. Mais j'étais là, pouce levé, quelque part, parmi ces fous.
T'IRAIS PAS LA-BAS? Je leur balance, T'IRAIS PAS SUR LA COULANTE? Je leur dis, T'IRAIS PAS, HEIN? Avec leur visage étonné, limite abruti par la prononciation de ces quelques mots. J'avais envie de me tirer et eux se tiraient aussi dans leurs navires. DESOLE MAIS JE N'AI QU'UNE BARQUE. Ils me balancent, DESOLE MAIS JE NE VAIS PAS LA-BAS. Ils me disent. JE N'Y VAIS PAS. Des barques, j'en ai vu des tonnes qui venaient s'affaler ici, mais aucune pour m'agripper. Et leurs visages étonnés ne parlaient plus, ils passaient et c'était tout, sans la moindre trace, ni même exclamation. Ils ne s'exclament pas ici. Ils passent pour mieux prendre la courant ensuite.
Pouce tendu avec pancarte manuscrite pour la prochaine destination virtuelle: EST, je m'atterrais à arrêter tous les capitaines borgnes. Ils n'ont d'yeux pour me voir alors je crie, je fais des appels de détresse, avec collé sur ma pancarte manuscrite: EST! Je vais vers l'est. Rien que ça.
Un caisse rougeâtre, petit standing de technologie fashion déboule et déballe son coffre arrière de plein de plastiques hermétiques, pratique mais encombrant pour communiquer: JE T'EMMENE SUR LA COULANTE, COURS ET TIENS-TOI! Je dépose mon sac binôme, et me repose côte à côte avec le capitaine de la barque. C'est un Chinois, peau éclatante et couleur de l'est. JE VAIS A L'EST. Ça tombait bien, il était l'est.
La nuit claquait son volet sur les collines. Les vignes du terroir disparaissaient peu à peu et l'îlot ne se voyait plus. Il déboulait sur un nombre à trois chiffres. Je prenais le vent, cheveux en pagaille, autant que mon esprit. Dans tous les sens. Les collines étaient belles.
jeudi 30 juillet 2009
Itinéraire de l'escapade ukrainienne
J'ai rempli mon sac comme si j'avais farci une dinde. Sans être rempli à bloc. Il y a encore du vide. Plein de vide. A se demander si je l'ai bien bourré. J'ai beau tourner en rond, il n'y a rien de manquant: 2 tenues différentes, un peu de bouffe, mes papiers, des bricoles pour passer le temps... et pourtant, j'ai ce sentiment d'oublier des choses.
Je ne vais pas me plaindre d'avoir un sac pas trop lourd non plus.

Je pars demain, donc!
La première grande direction sera PARIS. Paris et tout ce que je n'aime pas... mais passage obligé. J'espère ne pas trop trainer là-bas et atteindre la frontière allemande dès la première journée: SAARBRUCKEN, au moins.
Puis direction Prague. Traversée de l'Allemagne en passant par NUREMBERG. Ce semble assez simple, une unique autoroute apparait comme un coup de rasoir sur la carte, c'est tout droit.
Ensuite, c'est le flou total. Les routes se dispersent et laissent place à des chemins plus petits, des nationales toutes riquiqui. Dans ma tête, on rejoindrait la Pologne: CRACOVIE... et direction Ukraine par L'VIV... puis ODESA pour la destination finale, au bord de la mer noire.
Mais les voyages en stop restent aléatoires. Il est bon de se fixer une ligne directrice mais je sais déjà que je ne la tiendrai pas. Car c'est comme ça. Ça marche à coup d'aléatoire.
Imaginez-vous que nous soyons bloqués dans une campagne polonaise, avec des hectares et des hectares de vert, une ferme dans un coin. Imaginez qu'une personne nous invite gracieusement chez elle et nous ne lâche plus, avec banquets et soirées beuveries à la clé. Imaginez que nous soyons charmés par un paysage bucolique, limite idyllique, en route...
Pleins de choses en perspective...
jeudi 23 juillet 2009
Jésus a des picotements!
Les matins, devant mon fours, et mes chariots de pains industriels, je rêve. Malgré les vapeurs, les fumées, les bouffées de chaleurs, les machines qui étiquètent, qui malaxent les cerveaux, font tirer la gueule au personnel passionné. Malgré les gestes répétés, automatiques, et la sonnerie du four qui m'alerte, encore une fois de plus, les bâtons de pâtes congelées que j'enfile dans les auréoles des chariots crades. Parce qu'il sont crades, les chariots de pains. Ils sont vieux et crasseux.
Il m'est arrivé de me prendre pour Jésus, les dimanche matin quand le peuple se rue pour acheter l'une de ces précieuses baguettes en toc. Les bras pleins de pains, je distribue, je donne, et les gens défilent, me remercient, tête baissée et laissent place aux autres derrière dont l'envie ne cessait d'accroître.
C'est comme ça que ça se passe. Il y a des jours où je me prends pour Dieu, un prophète ou quelque chose de semblable.

Mais depuis quelques jours, j'ai les doigts qui picotent, les yeux qui ne voient plus mais qui contemplent. J'entends un appel au loin, sans trop savoir d'où est ce qu'il vient. Et me prendre pour un divin qui distribue du pain ne me dit plus rien. Plus rien du tout.
Je bourdonne sur de la musique beatnik; Joplin, Velvet et autres baroudeurs musicaux. Des choses qui me transportent dans la tête. Je rêve.
Il ne reste plus que 3 jours de labeur, et je m'éclipse dans d'autres paysages. Je n'ai pas encore préparé mon sac, ni les matériel nécessaire. D'ailleurs je me dis que moins je prendrai, mieux ce sera. Se défaire de l'inutile quelques temps. Revenir au principal. L'air et le monde autour.
Les picotements me reviennent...
samedi 18 juillet 2009
Deuxième battement... Boum
Une première semaine de rien. Ou presque. En stand by, comme un capitaine au port. J'emballe les pains, les baguettes, toute une boulangerie plastique et artificielle. Ça fait passer le temps en attendant les départs...
J'ai aussi découvert que l'amour n'était qu'une hallucination. Je suis avec une Chilienne, petit gabarit, sans trop d'extase, toute mimi mais les pieds bien sur terre. Avec toute une institution de règles, de commandements, d'ordres éducationnels.
Avec elle, je suis retourné dans ma petite enfance, avec toutes les contraintes de la petite enfance...
J'ai découvert que l'amour, ce n'était qu'une succession de monologues, au début déchainés, très passionnés, avec les corps qui se touchent quand ils se parlent, les doigts qui glissent sur l'autre, les mots qui deviennent regards puis tout le reste qui ne fait qu'amplifier les choses. L'amour est chose.
J'ai toujours été épris par le voyage. Qu'importe sa forme. Ce peut être sous la forme amoureuse aussi, sans problème, sans bouger, avec le cœur et les yeux en l'air, avec quelqu'un comme compagnon de route. Mais sur la route, la loi du passage est reine... Les gens passent et ne reviennent plus, sur les routes. Ils s'éclipsent après nous avoir serré la main "BONJOUR", un sourire et un signe de la main, au loin, en guise d'AU REVOIR. Un peu comme l'amour et tous ces gens qu'on rencontre, parfois. Sur la route, le mouvement reste le maître, sol instable, ciels changeant, pluie et soleil, chaud et froid, parfois un matelas et parfois un sol dur, des couchés de soleil à n'en plus finir, feu de camp, lampe torche dans la nuit, du pain pour festin... rien n'est acquis, on se remet sans cesse en question. Comment pourrait-on construire toute une vie au même endroit?
La question des rencontres, et de l'amour, en voyage me taraude beaucoup. A quoi bon faire ces rencontres si, dès le début, tout est voué à l'éphémère?
Sans doute aurai-je une réponse un jour... une nuit...
dimanche 12 juillet 2009
Inauguration ce dimanche...
Aujourd'hui, c'est dimanche. Et comme chaque dimanche, je rentre du boulot. Je cuis du pain industriel pour les ménages dominicaux, pour ceux qui ont le pouvoir d'achat même les jours où il ne devrait pas en avoir. Du pain à la louche. Du pain à foison. Du pain qui cuit et qui crépite quand je le retire du four à 200 degrés. Pains, baguettes, pain de campagne, miches blanches, boules de campagne, multicéréales... Bref, tout ça quoi. Du pain à n'en plus savoir quoi foutre. C'est comme ça que ça commence, ici, par un dimanche où l'on mange du pain. Toute une cérémonie... pour l'honneur... pour la conservation du titre...
Je disais donc, aujourd'hui est dimanche. Au mois de Juillet. Le soleil cogne fort et c'est affreux comme il cogne quand on sort sur les coups de midi. Il cogne et il donne des claques. Je me sens ramollo. A peine énergétique mais assez punchy pour écouter de la musique et divaguer quelques instants. Et penser un peu, toujours, au prochain trip que mes pieds feront. Bientôt sans doute. D'ici quelques semaines. Je pourrais même dire dans même pas 3 semaines.
Le 3 aout.
Je pars le 3 aout pour l'autre bout de l'Europe. Celle que je ne connais pas. Celle qu'on connaît peu. Celle qu'on peut connaître à condition de garder les yeux ouverts, et le souffle vif. L'Ukraine dans toute une splendeur.
Alors j'ai ouvert un blog. Une page électronique. Une fausse page avec des faux mots. Tout froid mais qui s'évapore si facilement dans l'air. Qu'importe l'endroit où je serai, ces pages seront là. J'étalerai quelques bouts de vie, quelques gouttes de par-ci par-là, des anecdotes quand elles déborderont de mes poches, des réflexions aussi. Histoire de garder le fil. Histoire de mettre au courant les autres lecteurs-écrivants-voyageurs impromptus.
De toute façon, je ne pars pas en voyage.
Je ne pars pas en vacances...
J'ai presque envie de dire que je pars vivre un peu.
J'en arrête là pour cette introduction.
Je laisse place au reste, pour la suite...